Samuel Aligand 03

Publié le par Becquerel



Dilutions, Marqueur sur polystyrène choc, 200 x120 cm, 2008



L'aventure intérieure est-elle soluble dans la peinture ?

À propos des dilutions de Samuel Aligand

 

            On est d'abord surpris. Comme happé par les mouvements, l'apparente anarchie qui semble, emplir l'espace des derniers tableaux de Samuel Aligand. Sur ces grands formats on devine qu'il y a eu des batailles, des retournements de situations, quelques passions, des agacements. Là, on relève que le feutre qui a été à l'origine de la trace rouge, désormais diluée,  est encore visible ; plus bas, la dilution et l'application, au pinceau, d'essence, a délayé le trait laissé par  le marqueur. Une forme,  minérale, a fait son apparition. Devant, derrière, dilué, rehaussé, il a plusieurs dimensions, une profondeur. Au premier plan des formes qui sont comme figées, alors que d'autres, au second  plan semblent encore en devenir. Comme si la forme finie, celle au premier plan, était la dernière évolution visible et possible du trait, précédemment tracé au feutre, créant ainsi une impression de  perspective(s), entre formes finies et celles encore en évolution.

 

            Ces peintures pourraient rendre compte d'une géographie. Une géographie mouvante, c'est à dire non pas une géographie qui serait basée sur une théorie euclidienne, constituée de points, mais d'une géographie issue d'une théorie éthologique liée à l'usage de l'espace. Ainsi les tableaux de Samuel peuvent ici êtres vus comme une tentative de relevé cartographique et historique de ces espaces et de ses datations : un instantané de paysage - de  territoire en continuel mouvement dans un étant particulier, figé - entre le moment ou le premier geste s'inscrit sur le support et le moment où le tableau est terminé.  Comme ses cartes d'histoire accrochées aux murs des classes  sur lesquelles on a retracés toutes les mutations d'une même géographie.

 

            Pour qui connaît les grands fonds de Samuel Aligand - ces sculptures aux formes allongées (avec déjà cette idée de choses molles et baroques que l'on trouve dans ces tableaux), qui semblent chercher à s'élever et qui oscillent entre deux états-,  l'on retrouve cette même suspension de l'espace  et du temps. Mais les Dilutions y ajoutent le plus troublant et le plus secret : la simultanéité. Une simultanéité qui rendrait visible toutes les étapes de l'évolution des formes peintes. Une mise au point entre ce qui acquis et de ce qui est en devenir. Sommes toutes, un entre-deux. Un entre-deux, c'est à dire un temps bien particulier, qui fait la jointure entre une histoire passée ( les mouvements, les ajouts, les remblais, les liquides qui s'écoulent... qui donnent à la surface plane toute son épaisseur) et une histoire en devenir. Un temps saisi donc, un temps posé, qui annonce tous les possibles.

Ces Dilutions sont donc des instantanés qui posent l'intervalle. Elles en sont l'expression et cet intervalle les fais ainsi osciller dans une constante ambivalence qui me rappelle ces tableaux (Ingres, David, Renoir, Picasso etc.) qui ne paraissent pas terminés et sont comme en suspens, immobilisés – ce qui les rend bien plus mystérieux encore.

Comme si le tableau se donnait à voir, tout entier, dans sa nature même, dans un instant de processus en nous dévoilant tout de ses secrets et des étapes de son évolution. Somme toute une affaire de Naturalisme.

Alors ces géographies, ces paysages, (re)tracés là, ne sont pas seulement des cartes - il n'y a pas de repaire possible puisque tout peut continuer d'évoluer, de grandir, de se former - , c'est un état. Un état des lieux.

 

            Cet état, tel qu'il est montré dévoile un paysage, un mouvement - nous l'avons vu. Mais les formes peintes, si elles rappellent  parfois l'élément minéral (et donc une géographie physique),  ont aussi tout à voir avec des formes organiques, des substances molles, liquides, qui s'étirent et se forment. Comment ne pas alors penser ici à une topographie de l'humain, une carte de l'intérieur du corps, des territoires humains en exploration. Une invitation à l'aventure intérieure...

Paysage minéral, géographie humaine ou non, rappelons-nous Pascal. L'homme est partagé entre l'infiniment petit et l'infiniment grand. Constamment tiraillé entre les deux états, lui aussi, naturellement, Entre-deux.

 

            Cependant, l'entre-deux des peintures de Samuel pose tout de même une question qui touche à la nature même du travail du peintre : Ces dilutions rendent elles solubles le dessin ?  Sommes- nous encore dans le dessin ou déjà dans la peinture ? Encore une fois, entre les deux ?

 

 

Alexandre Mare / mars 08

 





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lili-oto artiste 08/04/2008 20:38

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----------------------------------------------Art exhibition lili-oto: Modulation, pixels and space-time house Casalys city Quillan Languedoc Roussillon FranceContemporary art – visual arts
Exhibition of a video installation by artist Lili-oto with Artoong Studio. A video projection for a combination of space-time and the notion of diegetic contemporaneity in the context of a post-emergence with his artistic movement of New relativity. A movement fictional, poetic and virtual playing within the limits of the attacks and provocation, Known provocations by the communities of blogs or bloggers on Internet. An exhibition in a charming house : Casalys, (in Casalys, you will find evocations of Italy, Spain and Morocco, in a residence that dates from the 18th century) in the heart of the Pyrenean Piedmont in the high valley of river aude in the city of Quillan , a land of nature Between Carcassonne and Perpignan In the middle of Cathar castlesOpening / Vernissage : on wednesday, the 30th of March 2008, at 6 pm.Exhibition from May 1 2008 to May 30 2008 Villa Casalys 49 grande rue Vaysse Barthélémy 11500 Quillan.France Fore more information website Artoong Studio: http://artoong-studio.over-blog.com/lili-oto website : http://www.lili-oto.com/Villa Casalys website : http://www.casalys.com/