Kadi Becquerel 11

Publié le par Becquerel

Petit traité d’alter ego en temps de crise 

 

Etre mentalement autre ?                 

Etre sexuellement autre ?                                       Etre simplement autre ? 
Un entonnoir écarlate emboîté dans l’âme.                                  
  
Il faut du temps pour retirer cet entonnoir

la coupe est pleine.

Il faut de l’air dans tout ça pour que le Monde devienne respirable.

De l’air ,du temps, la dure, la molle, la fiente, le bout

des notions rares dans l’actualité.

Démerdons-nous sans elles, mais surtout ne parlons pas de la souffrance.

Elle ne s’expose pas réellement sur nos murs, nos écrans, nos propos dominants.

Ce n’est pas un argument d’échange ou de vente.

La souffrance dérange nos transactions, la merde, l’excrément, le guano

Alors, restons avec notre bâillon dans la gorge, notre pierre tombale dans les

Tripes, à peindre, à mettre en boîte, à prendre en photo,

Il est avantageux que notre silence dure, ce silence de pierre tombale,

Vide : le bran, le cigare, un castro, un barreau de chaise, la chiure, l’ambre gris.

Le monde global tourne mieux ainsi.

Vous manquez d’air ?

Que c’est pénible à entendre… à voir…

Que vous faut-il ? De l’air, de l’air par pitié ?

Ravalez donc vos mots dans votre gorge, ça écorche un peu au passage

Mais ce n’est pas grave ; ça ne passe pas ? Quel ennui…

Je voudrais tant que ça retourne au fond de moi : la merde, l’ennui, la mouscaille

Ravaler la honte et le reste de soi avec, le caca, l’absence, l’oubli sous soi

Disparaître aux yeux des autres.

Je reste sans voix et le corps figé sur place, sous les quolibets.

-(« Mais faites-le taire ! »)

Je commence à transpirer sec, ça sent la merde

-tu t’es fait dessous ou quoi ?

Je n’ose plus bouger de peur que les autres sentent ma merde.

Quand les choses partent en sucette, la bouse, les selles, en colombins dorés

C’est marrant : , c’est divertissant !

« Putain ! Il s’est chié dessus dit ! »

Seuls les étrangers sont foutus de faire des choses pareilles, n’est-ce pas ?

Ne pourrait-on pas les sortir de chez nous quand même !

Qu’on appelle un docteur, l’institutrice, la nouvelle Milice des gouverneurs

 -et qu’on l’ évacue ! le nettoie !

 -Enfin… pas tout de suite… amusons-nous un peu auparavant,

  c’est tellement divertissant.

  est-ce un garçon ?

  une fille ?

-Plutôt une lavette : On peut s’en servir comme crachoir, cible ou torche 

C’est pratique en fait.

Avant leur arrivée –qui a bien pu les laisser entrer ?- on ne savait pas ou déverser notre fiel. C’est toujours utile un pot de chambre quelque temps. Cela ne sort pas de la communauté.

-Mais ? Qu’est-ce qui se passe encore ? Il pleure ? Il a besoin de sa mère ?

C’est vraiment déplacé, il faut qu’il dégage, ça sent trop la merde, la chiasse !

Voilà, bon débarras, enfin entre nous : on disait quoi au fait ?

 

Il faut respecter les différences.



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