Marc Chevalier 01

Publié le par Becquerel/Art

 

          

              "Sans titre" 2006, 20x20 cm, ruban adhésif sur châssis.

Marc Chevalier est né à paris en 1967, il vit et travaille à Nice. Il emploie principalement pour ses tableaux du ruban adhésif sur châssis et pour ses installations des éléments divers dont des études comparées de textes et de notices de médicaments, des gâteaux, des multiprises.

Subpictural/Publiatruc par Catherine Macchi

Les tableaux de Marc Chevalier se présentent comme d'immenses écrans lisses sur lesquels viennent se déposer des images froides et fascinantes qui évoquent les exploits de la haute technologie : fenêtres de dialogue d'ordinateur, images numériques sur écran plasma, photographies prises par satellite, ébauches d'une architecture du futur, imagerie médicale et scientifique, jeu vidéo en trois dimensions, etc. S'il était possible de les définir ou d'identifier leur référent il y a encore quelques années, ces images tendent aujourd'hui à se dérober à tout exercice d'imitation pour n'apparaître qu'à la manière de fragments de l'image technologique. Une image technologique générique qui proviendrait de la mémoire visuelle de l'artiste et qui ressurgirait en tant qu'essence mentale et non pas en tant qu'indice tangible de cette forme de représentation de pointe. L'oeil glisse à la surface de ces fragments d'images mécanisées à la recherche de subtils détails pris dans leur trame pixélisée finalement très abstraite, un peu comme pour en démonter la logique, pour tenter de comprendre comment c'est fait. On peut avoir du mal à le croire, mais ces peintures qui rivalisent avec l'écran numérique sont faites à la main, une paire de ciseaux d'un côté et un rouleau de ruban adhésif de l'autre. Au fantasme d'une image high-tech répond donc un procédé low-tech. Ce tableau, dont il n'existe au départ que le châssis, réunit en un seul et même geste le support et la surface, le fond et la forme, la couleur et la ligne par l'intermédiaire d'un long tissage de bandes adhésives. Dans sa forme originale ou à travers ce substitut, la peinture s'affirme en tant qu'espace de sédimentation de différentes couches de matière et de gestes successifs. Le ruban adhésif utilisé est du scotch d'électricien de fine épaisseur ou, au contraire, du scotch d'emballage plus large. Tous deux sont disponibles dans une large gamme de couleurs. Mat, brillant, transparent, ils permettent d'obtenir tous les effets de la grande peinture: touche, empâtement, glacis. On notera que le fond du tableau est réalisé en général au scotch d'emballage classique dont la couleur marron clair n'est pas sans évoquer la toile brute. Il n'est pas exclu que le ruban adhésif qui remplace à la fois la toile et la palette du peintre, fonctionne à un certain niveau comme un bricolage de fortune qui viendrait réparer les avaries de la peinture. Marc Chevalier qui a longtemps travaillé à monter des expositions a avoué qu'à force de manipuler les tableaux des autres, il avait eu le sentiment que la peinture était quelque chose de sec. Si le ruban adhésif répond bien à l'impératif d'une peinture sèche, en même temps qu'à celui d'une mise à distance d'un médium dont il conviendrait de faire le deuil, il n'en reste pas moins qu'en glissant la main au dos du tableau sous cette matière-support, on peut constater que ça colle. Ce qui reviendrait à dire, comme on le fait de la peinture, que ce n'est pas sec. Quelque chose de la dimension organique de la peinture aurait donc survécu à travers le choix de ce substitut du médium traditionnel, au revers du tableau, comme un acte inconscient. Sur le plan plastique et sur le plan de la représentation, le travail de Marc Chevalier naît donc de la béance au milieu du châssis qui au fur et à mesure du tressage du ruban adhésif se comble. Le point de départ de la construction des tableaux de l'artiste est donc une sorte de grande inconnue qui s'improvise en composition au cours du processus. Marc Chevalier travaille en aveugle, sans dessin préparatoire, avec toujours la même incertitude quant au résultat final : " Je ne sais pas à quoi cela va ressembler". Le recouvrement finit par déterminer la naissance d'une image ou du moins la suggection d'un espace perspectif. La composition des peinture récentes de Marc Chevalier est soumise à un réseau de lignes de scotch qui montent de toutes pièces une perspective abstraite. Ces images de profondeur qui peuvent évoquer la 3D ou, de manière plus nostalgique, les fondements de la perspective illusionniste, apparaissent comme des simulacres que l'on pourrait mettre en rapports avec les écritures désapprises de Marc Chevalier qui ponctuent parfois ses peintures. Evidée de son sens comme une graphie étrangère que l'artiste recopierait sans la comprendre, en proie à l'hésitation et à la rature, cette écriture se construit aussi à partir d'un vide. Il s'agit pour Marc Chevalier de regarder l'écriture comme un dessin en faisant abstraction du sens qu'elle pourrait dégager. Le gribouillis qui en résulte s'apparente à un  faux geste qui reprendrait au ralenti l'idée de la grande peinture gestuelle tout en ne l'atteignant jamais. On peut également voir dans les études comparées de textes qu'à priori tout sépare une recherche d'abstraction de cet ordre là. Partant de l'intuition qu'il y aurait des affinités entre la notice médicale du Lexomil et un passage de La vie matérielle de Marguerite Duras, l'artiste fait réaliser une étude comparée dans laquelle il apparaît que la radicalité et la clarté techniques de la notice du médicament ont des accents poétiques et, inversement, que le roman est investi d'une forme de puissance et de rigueur quasi tyrannique. Tout se passe comme si le texte scientifique usurpait au texte littéraire sa dimension esthétique et vice versa. En se concentrant sur la forme du texte et non pas sur sa finalité, l'étude parvient à une sorte d'abstraction prôche de celle des écritures laborieuses de l'artiste et de ses compositions en scotch. L'irreprésentabilité de l'écriture fait écho à l'irreprésentabilité de la peinture qui ne peut plus exister que sous la forme d'un espace cosmique, un vortex qui naît sous le glacis dans lequel se reflète l'espace réel. L'interrogation posée est toujours la même : " Que voyons-nous quand nous entendons le mot peinture ? ". 

Liens : www.lastation.org    www.documentsdartistes.org

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