Bernard Lamarche Vadel 01

Publié le par Becquerel


Mon cher Bernard ,                                             28/05/2009

Il semble difficile de croire aujourd'hui
que les professionnels de la profession artistique
tentent de réparer le gouvernail de ce grand navire échoué qu'est
l'art contemporain
nous sombrons de jour en jour dans des abysses
les plus noirs.

Il semble ne plus y avoir d'espoir pour
le "réenchantement du monde" si souvent exprimé  par certains
en sachant que même si l'espoir est là ,
les méthodes pour en faire une réalité
tangible , celles qui se présentent à nous,
ont non seulement changées mais
sont encore  plus catastrophiques
les unes que les autres.

Ostracisme donc, Révisionnisme, Hypocrisie,
Langue de bois et Chantage sont les armes
pour entre-tuer, faire taire , manipuler etc,etc.....

Noblesse oblige, il semblerait que pour notre grand désarroi  ,
et pour le malheur  de beaucoup d'entre nous,
 cela soi  notre nouvelle pilule du bonheur (relatif évidemment) et ce
pour quelques années encore .

Nous baignons désormais dans la mare de sang de nos artistes , poètes,
critiques , romanciers, musiciens et tant d'autres disparus qui par leurs actes volontaires,
nous ont laissés sans voix , muets de terreur.

Le sang de ceux là  même qui nous réclamaient quelques temps auparavant
et que nous n'avons pas su ou voulu entendre , sang qui a engorgé nos semelles laissant
des traces irréversibles sur les tapis rouges.

Efficacité oblige !

Nous affichions alors notre mépris, nous ouvrions nos  agendas sur- bookés, fermions nos cellulaires ou prétextions une mauvaise réception satellite. mais c'était avant.
Aujourd'hui est un autre jour peu importe si
cela fait un peu désordre.

Fuir le malheur
tel était le mot d'ordre

Ta perte aurait pu suffire à nous ressaisir
mais l'inquiétante  immédiateté actuelle
ne nous permet plus de faire arrêt sur image- pause
et re-mixer façon post-moderne.
 A défaut
nous sommes devenus des nécrophages.

Plus le spectacle est sanglant, plus l' envie nous assaille, 
tiraillant nos viscères  pour faire plus, mieux encore
et plus loin dans l'ignominie.

Nous organisons  des menus pour  grands  festins nécrophages.

L'argenterie brille, les nappes blanches flottent comme des drapeaux sur les tables,
de subtiles recettes traversent nos mails et les sms plus convenus et plus discrets
nous font saliver quand à l'invitation reçue.

Comment allons nous déguster ces morts pour qu'ils nous rassasient
comme nous l'aurions souhaités , voulus et désirés ?
Nous avons tellement fait pour que cela ne réussisse pas .

Nous dévorons les larmes aux yeux ,
ce que nous aurions dû avoir ou être
si......Quel dommage ! Quel gâchis !
espérant que l'on nous fera pas trop cas
de jeter les quelques restes qui salissent notre assiette
aux chiens récalcitrants.
Efficacité oblige, deux fois.
Il aurait peut-être aimé ?

Hé oui nous en sommes là !

Nous festoyons les nôtres pour survivre avec le sentiment glorieux
que cela nous rend invincible.
Prendre la force de l'autre en le dégustant
est une très vieille histoire humaine.
Nous ne nous suffisons plus à nous même ,
faute de nous être déjà  consommé.
ne sachant plus comment cela s'arrête
macabre programme des solitudes à venir.

Trier sur le volet , ceux qui se présentent à l'entrée
de la grande salle sont parfois conduits aux écuries
mais on ignore encore pourquoi.

Peut-être un  abattage en prévision ?
Allez savoir ?

D'autres moins  connus (Es) s'empressent de s'asseoir avec un accompagnement princier
Tu le connaissais bien toi  celui pour qui on vient ?
Je l'ai croisé un jour , il m'a dit bonjour , mais il parait qu'il avait parlé de moi à un tel , tu connais un tel ?
........
Nietzsche est devenu un sage enfant de choeur qui chante
sur l'estrade à côté, juste à côté.
............ 
macabre cynisme

Nous n'y serons pas tous
comme un secret bien gardé par les cuisiniers,
seuls quelques dignitaires ont accès aux festins.


Je ne t'apprend rien ce soir dans mon plaidoyer.
Tu savais malheureusement déjà tout cela.

Tu comprendras  que le poids de mes humeurs malodorantes
ne s'infiltre pas dans la terre du cimetière pour le déplacer tout entier vers la Seine comme il se doit
il  s'évapore chaque jour un peu plus
sous le regard étonné , amusé et cynique de ces quelques invités.
Juste la force de prendre cette plume de paon
qui décore le plat de gibier
et de te faire cette lettre.
Bien à toi

Elisabeth Mercier

ps: J'ai toulours tes lettres
ainsi que la photographie
du grand chêne centenaire
si cela te dit....
fais le moi savoir


Bernard Lamarche Vadel, Dans l'oeil du critique....
Exposition au musée d'Art Moderne de la ville de Paris
A partir du 29 mai 2009




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