Caroline Duchatelet 02

Publié le par Becquerel

              

Suite 1, "Voile" installation, galerie où, Marseille 2005. Photographie Patrice Terraz.

"Dans la seconde pièce, une vaste surface luisante, sur un mur blanc, plonge le visiteur dans une profonde fascination, lui faisant oublier le temps. La première impression est d'être devant une peinture monochrome d'un blanc intense, appliquée sur une toile directement suspendue au mur. La forte impression de mouvements flous, vaporeux, se déployant dans l'espace, peut alors s'interpréter comme les effets de la peinture, qui s'approfondissent à sa contemplation. Après un temps, cependant, ces oscillations nébuleuses s'intensifient, se concentrent dans la partie supérieure de la toile, progressent lentement vers le bas, passent par une gamme de couleur pour se dissoudre et se condenser à nouveau. Comment cela se produit - le visiteur ne le découvrira pas. L'art de Duchatelet consiste à recourir aux dernières technologies de façon si subtile que l'on n'en voit pas la trace. Elle travaille uniquement sur les dimensions du mouvement et du rythme. Ainsi naît un évènement pictural qui transcende les techniques habituelles de la peinture, mais reste une toile. Ce que l'artiste accomplit, c'est la création d'une peinture dans laquelle toute immobilité est vaincue. Malgré, ou précisément parce qu'elle semblent constituer le mouvement primaire de la matière, s'apparenter aux vibrations d'une potentialité matérielle, les condensations et dissipations nuageuses sont à la fois intensément belles et harmonieuses. Le visiteur est plongé dans un état où les références temporelles sont devenues fluides. Il perçoit les altérations extrêmement lentes sur la toile et s'apaise dans une contemplation éveillée proche de celle que l'on connaît lorsque l'on fixe l'horizon. C'est un regard semi intérieur, qui perçoit l'extérieur, le lointain, sans focaliser - moins une observation qu'un état d'âme, attiré par ce qui advient derrière cette ligne frontière. C'est comme si le temps et l'espace se condensaient pour devenir une substance, une "épaisseur", comme le dit l'artiste, comme s'ils étaient sur le point de devenir perceptibles dans leur essence même. Pour le visiteur subjugué, les changements sont à la limite de la perception, un "presque rien" où alternent apparition et disparition."

Doris Von Drathen Nulle part, l'immobilité, extrait du catalogue Sur le pas , de Caroline Duchatelet, éditions La Fabrique Sensible.

Liens : www.documentsdartistes.org/duchatelet , www.lafabriquesensible.com , http://cap15lajetee.org

            

 

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