Arno Calleja 02

Publié le par Becquerel





le lierre

Pour Alban





Moi j'ai bu toujours. Comme un mort, d'une manière, un mort qui se cherche. Quand tu n'es que malheur, alors tu jètes ton sort, à la boisson, et le sort de la boisson, regarde, c'est simple regarde, regarde toi vivre, c'est quoi c'est que tu coules, dans les veines le sang, l'alcool c'est le dieu, la rigole où coule, où se dirige ce qui coule, laisse, laisse faire, boit boit ce qui coule, toi, tout ce qui coule, de toi, ne meurt jamais, jamais vraiment. Les fleurs montent. Et monter est façon de couler, de monter avec attaches, quelque part. Quelque part dans la pensée, quelque part les choses ou partent ou coulent, selon, les possibilités de rompre, l'attache, de ce que tu penses. Ce que tu rumines. Boire est rompre le malheur, selon les possibilités de chacun, de chacune. Les images ne sont nulle part, n'aident en rien. Les souvenirs sont des images-brume, qui puent. L'amour fait mourir, oui, beaucoup beaucoup, quelque part l'amour fait toujours mourir. Là où l'on ne peut plus monter, on ne passe plus, non plus. L'amour et la mort c'est deux choses même séparés sont, sont la même chose. L'amour et la mort, regarde, il manque la pensée entre les deux, dommage. Les veines gonflent et le fluide ne coule plus et c'est très dommage, c'est toujours toujours trop dommage. Et le fluide coupé c'est la mort. Et la mort alors surtout, encore pire, pire que ne jamais naître, c'est la honte. On s'en remet, non, pas, impossible. Mourir c'est non c'est pas remettable. Surtout quand tu survis. Avec ton corps à la con. Regarde. Ta gorge, tes reins, tes seins, on change une lettre, c'est ta mort, vivante, dans l'histoire du changement, de ton changement, ton devenir, parce que. Parce que finalement on n'est que devenir, à tout prendre, on n'est que devenant, à part les pieds, oui, et à part la glaise, la marche, oui, ça ça reste, tout, tout ce qui fait les traces. Et c'est très très dommage, les traces. Si l'on ne veut pas être vu, surtout, si l'on ne veut pas laisser trace, mieux vaut ne pas vivre, mieux vaut ne pas boire, les verres dans l'alcool, dans la vie, c'est pareil, partout on boit, on peut pas faire autrement, vraiment. En fait.

On boit oui, et on boit quoi, on boit les coups qu'on a encaissé, dans la vie morte, l'affect-débacle, la raclée. La morfle est un moment de la jouisse, j'ai appris. Il faut juste le savoir. Je le sais maintenant. Par pratique. J'ai rencontré les gens, et c'était trop beau, et dans le sexe la mort des gens s'est ouverte, je parle des filles, les filles rencontrées, vraiment, s'ouvraient dans ce vrac-là, celui de la mort de vie, du lierre, le lierre de naissance, jusqu'à mort. Si j'ai décidé de dire les choses, à vous, désormais, c'est dans l'exigence du règlement. Je règle les comptes pour qu'à la mort un marbre pur me soit rendu. Il me le faut. La mort c'est les poils rasés que tu y viens, je me dis, au pire, et au pire les poils te sont brûlés, au crématorium, si t'as pas tout rasé, à temps. D'où qu'il vaut mieux prévoir, avant. Tant qu'à faire. J'ai aimé des filles, une, allez deux, à en crever, mais je n'ai pas crevé. C'est le pire. J'ai survécu la séparation, et je n'ai pas crevé. Alors. Il y a la honte toujours. La honte de ne pas avoir crevé avec l'histoire, finie, c'est une honte dure à décrottée, à survivre. Le terme de la jouisse aurait été d'y crever. Mais. Je ne survis pas toujours à ce qui me traumate. Et pourtant, pourtant bien sûr oui, je survis. Parce que regarde je parle. La preuve est là, audible. Je parle. Je n'ai pas de fierté à survivre, personne n'en aurait. Mais il y a le goût dans la bouche parfois, et la lumière, devant les yeux, qui donne envie de ne pas partir, tout de suite. D'un coup de canon. Ou d'un trop plein de médicaments. Ne pas partir est la faiblesse, et aussi oui, est la force. Indirecte, étrangère, celle qui te pousse. Que tu ne sais pas. De loin qui te prend, et te pousse à énoncer oui, que tu perdures, encore oui, à la seconde, tu vis. Bon.








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