Donald Judd 01

Publié le par Becquerel




Donald Judd, « De quelques objets spécifiques »
Art Yearbook, 1965




« La moitié, ou peut-être davantage, des meilleures œuvres réalisées ces dernières années ne relèvent ni de la peinture ni de la sculpture. Jusqu’à présent ces œuvres étaient, de façon plus ou moins lointaine, liées à l’un ou l’autre de ces arts. Le travail a changé, et la plupart des œuvres qu’on ne peut classer parmi les peintures ni parmi les sculptures sont également très différentes entre elles. Elles possèdent cependant quelques traits communs.
Les nouvelles œuvres tridimensionnelles ne constituent ni un mouvement, ni une école, ni un style. Leurs caractéristiques communes sont à la fois trop générales et trop peu partagées pour que l’on puisse parler de mouvement. Les différences entre les œuvres sont plus importantes que leurs traits communs. Leurs ressemblances apparaissant entre les œuvres achevées, elles ne naissent ni de principes premiers ni de règles d’un mouvement structuré. La tridimensionnalité ne peut guère prétendre au simple rôle de contenant, comme la peinture ou la sculpture, mais elle y tend. Aujourd’hui, peinture et sculpture ne sont plus aussi neutres, ne sont plus de simples « contenants » ; elles sont mieux définies et ne sont incontestables ni inévitables. Après tout, il existe des formes spécifiques et bien définies qui produisent des effets relativement précis. La motivation sous-jacente à ces œuvres nouvelles tend surtout à s’en éloigner. L’utilisation des trois dimensions est une solution évidente. Elle ouvre vers tous les possibles. Les raisons de cet emploi de la tridimensionnalité sont négatives, elles viennent en réaction contre la peinture et la sculpture et, dans la mesure où ces sources sont communes, ces raisons négatives sont des plus ordinaires. « La cause d’un changement est toujours le malaise : rien ne nous incite davantage à changer d’état, ni à entreprendre quelque chose qu’une sensation de malaise ». Les raisons positives de cet emploi des trois dimensions sont plus spécifiques. Une autre raison qui justifie que l’on commence par énumérer les insuffisances de la peinture et de la sculpture vient de ce que l’une et l’autre nous sont familières, et que leurs composantes et leurs caractéristiques sont plus faciles à distinguer. »





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