Eric Giraud 01

Publié le par Becquerel

 

 

 

 

La Fabrication des Américains, extrait. par Éric Giraud

l'air conditionné – la neige – l'humidité – les klaxons – les sirènes – les hôpitaux – les accélérations – les cimetières – les postes – la radio – les écrans – la télévision – les portiers d'immeuble – les publicités sur les bancs – dans le ciel – dans les journaux – les films – les avions – les aéroports – les valises – les chaussures – les tasses à café – les brocs de bières – la pénombre – la vitrine – le soleil – des lacs sans rive – les golfeurs – les femmes – les enfants – les amants – les téléphones – les cartes – les numéros gratuits – les massages – les services spéciaux – les hôtels – les chambres sombres – les suites luxueuses – les cars – les bus – les touristes – le métro aérien – le fracas métallique – les billets – les pièces – les écureuils – les lapins sauvages – les geais des poubelles – les employés de la voirie – les pêcheurs du lac – les 16 kilomètres en vélo – roller skate – course – marche à pied – les bains de soleil sur la pelouse – les concierges des immeubles – les agents immobiliers – les étudiants – les thèses – les commentaires – les baisers – les langues – les familles – les célibataires – les gros – les mendiants – l'achat d'une résidence principale – les appels automatisés – les programmes de vie – les coupures publicitaires –

si vous vous apercevez que l'homme avec qui vous sortez ne vous est pas compatible – trouvez un lieu public – et soyez la plus candide possible – vous pourrez dire par exemple – je t'apprécie comme personne mais je ne crois pas que nous ferions un bon couple – s'il essaye de vous convaincre – dites il y a sûrement cinquante femmes qui rêveraient de t'avoir comme petit ami – je n'en fais malheureusement pas partie –

la respectabilité anglo-saxonne – les bars – la régulation – les stores – les briques – le bois – les loquets – les chaînes – le ciment – l'acier – la pierre – la radio – le rouge – l'information – la rencontre – le sous-sol – les machines – les séchoirs – la fumée – la musique – l'hiver – la chaleur – les séries – les bureaux – les polonais – les mexicains – le banquier – les voisins – les fenêtres – les escaliers – la cour – le juge – les voix – les yeux – l'école – la banlieue – la télé – les réseaux – la cour suprême – le contrôle –

je m’occupe de systèmes informatiques pour une société qui vend des informations – je passe beaucoup de temps en réunions – nous discutons du plan à appliquer pour résoudre tel ou tel problème spécifique – j’aide les gens à prendre des décisions – je travaille à peu près 50 heures par semaine – le matin je lis de la littérature grecque et latine – le travail me plaît – j’ai toujours très envie d’y retourner après une interruption – et en fait avec trop de temps libre je m’angoisse – je déteste quand les gens ne sont pas honnêtes – je n’ai aucune attache – je travaille pour vivre – c’est lire et écrire qui me passionnent – quand j’étais enfant je voulais être acteur – puis adolescent physicien et mathématicien – la pièce que je préfère chez moi c’est le living-room – il y a une peinture au mur que je regarde souvent – je trouve que la porte de derrière est laide – mais j’aime bien la porte d’entrée de mon immeuble – elle est en verre – je me demande si c’est une sécurité – mais les portes sont si vulnérables – ma femme et moi avons choisi les stores de nos fenêtres avec soin – la couleur et la matière – notre appartement est très lumineux – c’est très agréable bien sûr – de nos fenêtres on voit les voisins – la rue – une intersection – on passe beaucoup de temps derrière – sur le patio – dehors – on se connaît tous – même si on se voit très peu – et on ne se parle jamais – pour moi les fenêtres sont des yeux – je trouve que les gens sont paranos quand ils pensent que tout est une attaque à leur intimité – ça m’énerve – mais je n’aime pas spécialement mes voisins – ils m’énervent quand ils laissent leur poubelle trop longtemps dans les escaliers de derrière – ou les portes ouvertes – ça fait du bruit – mais c’est assez rare – j’ai de la chance – quand j’étais enfant ma famille déménageait souvent – je n’ai jamais vécu dans un endroit plus de 3 ans jusqu’à ce que je vienne ici en 1990 – c’est chez moi parce que c’est permanent – j’aime bien la diversité – c’est une ville dynamique où tout change très vite – tout le temps – les affaires et les gens vont et viennent – les quartiers changent d’ambiance – et je change moi aussi en même temps que la ville change – la question principale ici quand même – celle que l’on essaye parfois d’éviter – mais qui revient toujours – c’est l’argent – j’aime bien faire des promenades en ville – sortir le soir dans des bars – au restaurant – ou voir des amis – ma femme cuisine – elle aime bien ça – moi je parle aux amis – et je fais la vaisselle après –

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article