Ernest T 01

Publié le par Becquerel

 

 

 

 

ernet_t.jpg

Ernest.T courtesy galerie Gabrielle Maubrie

 

 

Pseudonyme momentané d’un artiste qui s’évertue à troubler constamment son image, à fuir toute visibilité effective, à s’approprier des personnalités, des signatures imaginaires, afin de parodier l’art par l’art et de faire retour sur les mécanismes de légitimation de la personnalité artistique, Ernest T. n’est qu’un signe, un logo, un nom virtuel sans concrétion, qui apparaît en 1983 pour s’effacer progressivement de la scène artistique dès 1990. Cette fuite de l’artiste devant sa figure «représentée», catégorisée, par les mots, les dates et les images (refus de se nommer, de révéler sa biographie, d’apparaître seul sur les photographies), lui permet de ridiculiser impunément cet autre lui-même, d’en faire le sujet d’une analyse critique, d’une stratégie qui dénonce en même temps qu’elle énonce les mesquineries du marché de l’art. Amorcée par Andy Warhol, cette démarche conceptuelle subversive, typique de l’état de doute «postmoderne» en quête de sens critique, s’appuie sur le détournement systématique de la référence, sur l’authenticité proclamée de l’art non exempt des tentations de la société de consommation.

Au début, Ernest T. signait des encarts publicitaires dans les magazines : petits manifestes, tracts, pamphlets, avis de recherche, manuels de bonne conduite, formules prophétiques dans le style de la satire sociale. Puis, il s’approprie un style, une bannière géométrique abstraite faite de «T» bleus, rouges et jaunes imbriqués que l’on retrouve accolée à de vieux dessins humoristiques agrandis. Insérées dans ces saynètes caricaturales, ces «réelles» peintures deviennent des narcisses modernes, des «objets de spéculation et rien d’autre» (Ernest T.) convoités pour leur signature. Cependant en distinguant peinture et dessin, le géniteur d’Ernest T. crée un système de correspondances, un reflet entre ce qui est dit et ce qui est montré – cet Ernest T.-là est vraiment atypique – qui questionne la valeur de l’original, du vrai et du faux. Il utilise l’ironie des jeux de langage au propre et au figuré comme un acte artistique qui demande pour être légitime une autocritique perverse de la part des acteurs des «mondes de l’art». Qui du marché de l’art ou d’Ernest T. est un imposteur ?

Maïté Vissault

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article