Kadi Becquerel 13

Publié le par Becquerel

 

 

 

 

Le temps à rebours

 

ndlr : ce texte est une fiction basée sur des faits réels. Les noms des personnes citées sont remplacées par ... selon le respect de la vie privée et le droit à l'oubli. Le nom des lieux cités est également remplacée par ... afin d'indiquer tout refus de polémique. Ceci est un témoignage fictionnel de la mémoire qui ne peut s'effacer.

 

23 septembre 2057 : dans la nuit du dimanche 21 au lundi 22, j'ai fait un cauchemar où deux silhouettes me rouaient de coups au sol; l'impression était si forte que j'en ressentis les coups ( impossible ! ) et je me suis réveillé. Je reprend mes esprits et me rappelle de quoi il s'agit.

...à la mairie de ..., ils laissent pourrir l'ambiance de l'établissement - peurs, rumeurs - et ils s'en prennent d'abord à ... Notre directeur devient nerveux et apeuré, le climat pédagogique s'en ressent.

2043 : il y a une résidence avec une inauguration soutenue par le ministère. Notre directeur refuse dans un premier temps d'assister à cette inauguration et s'en va avec quelques collègues en disant :"je ne veux rien savoir, les skinheads vont débarquer". Pourtant, rien, le FN fait le mort.

Début 2044 : dans un tunnel, nous découvrons un graffiti :  " ... , ... , réveillez-vous !" . La tension monte.

Octobre 2044 : je n'emprunte plus ce tunnel et utilise la passerelle pour prendre mon transport en commun. Il est tard, il fait presque nuit. A deux pas de la station, je suis agressé dans le dos, on me jette à terre, des mains me plaquent violemment au sol et me masquent les yeux. Quelqu'un me donne des coups de pieds dans le ventre et les testicules en me disant : "pourriture d'artiste, salaud de prof, prend ça gauchiste ! " . J'entend une galopade et plus rien. Je cours tant bien que mal et attrape mon transport in extremis. J'ai mal, mal au bas du ventre et à une dent. Je dois faire un arrêt maladie mais à l'établissement tout le monde se tait, on m'évite, ils ne veulent rien savoir, la peur règne.

Début 2045 : je suis sur la liste d'aptitude pour attendre une titularisation. Le directeur, certains de ses collègues et la ville de ... montent un dossier disciplinaire contre moi en se basant sur des motifs asociaux et psychiatriques afin de ne pas m'admettre en stage de titularisation. Ils mettent fin au contrat à durée déterminée qui m'associe à l'établissement. Cependant, une pétition de protestation et de réhabilitation circule, mais des personnes bien intentionnées font circuler la rumeur qu'il s'agit "d'un pétard mouillé", alors tout s'écroule. Je perd mon emploi, sans argent, je dois fermer mon atelier d'artiste et céder une partie de mes œuvres à une fondation à l'étranger, le reste est détruit.                                                                                                                                                                                           Une conséquence indirecte et familiale, le manque d'argent me prive de mon droit d'accueil pour mon garçon que je ne vois plus durant quatre ans. Je sombre dans la dépression et souhaite mettre fin à mes jours. Je mettrais dix années à me rétablir et retrouver goût à l'existence. Aujourd'hui, je revis avec le présent et l'avenir.

 

Bologna, Aprile 2059, Kadi Becquerel.

 

 

 

 

 

 

 

Commenter cet article