Xavier Theunis 01

Publié le par Becquerel

 

 

 

 

Xavier Theunis 01

Xavier Theunis
Sans titre (Toi, toi,.mon toit - version 2)
2009
Eternit, acrylique, acier galvanisé
250 x 276 x 11cm

 

 

 

Le texte sur l'artiste
Avertissement au lecteur : Ce petit texte narratif tente d'infliger à un mot-objet les affreuses transformations que Xavier Theunis fait subir à la matière. Les mots aussi font des sculptures. Après tout, y a pas de raison.

Le Ventilateur
“- Dieu que j'ai chaud !
- Et moi donc !
- Mais vous me parlez toujours de vous.
Vous, qu'est-ce que ça me fait ?”
J. Renard

C'est à Schuyler Skaats Wheelerque les membres roux de la communauté canine doivent leurs étés paisibles de modernité. Ces corniauds antiques qu'on immolait dans les rues romaines afin de conjurer la canicule, glapissent de joie en juillet à la vue du ventilateur. L'objet étant aux abois, tentons par quelques hallalis d'en capturer la forme puis, par elle, (une méticuleuse dissection) d'en cerner le principe.
Au cœur de l'été et au cœur des ménages, un grand tournesol voudrait fleurir. Sa corolle - oh seulement trois pétales - purge sa peine sous le clair-obscur d'un treillis métallique. Plus bas, aux pieds hypothétiques d'une tige manchote, des racines en éventail poussent à même le sol. De l'handicap du bourgeon à l'impudeur de la souche, en dépit d'une ronde vertigineuse de demi-cercles, le ventilateur tâtonne et l'éclosion reste vaine. Mais voilà bien ce qui doit arriver quand on tient trop à son principe.
Quand d'avoir trop parlé de soi, la nature s'assèche et qu'au voisinage du sol on ne perçoit de l'air qu'une douce indolence, un ventilateur revanchard s'installe. D'un mouvement régulier - oh seulement trois pétales - il se substitue à une mécanique atmosphérique fort savante. Mais où la nature enfante aquilons, alizés, zéphyrs, vents qui sifflent, rugissent, rutilent, bondissent, le ventilateur maître de son principe (sa vie intérieure) génère une brise assidue et timide. Puisse-t-elle nous rafraîchir les idées et nous mener au principe véritable de l'objet :
Le ventilateur, incapable de trouver sa place dans la nature, refuse de se résigner à une posture romantique (voyez ces grands Non de la tête) et crée une œuvre interne et maîtrisée. Moins en objet d'art qu'en objet artiste, par un mouvement conscient, il investit l'espace et par une simple redisposition (régurgitation) de ses mêmes éléments génère, dans un milieu clos, un peu d'air frais... Mais voilà qu'au crépuscule une légère brise glisse aux rebords des fenêtres emportant avec elle un principe longtemps recherché. Demeure alors une joyeuse carcasse dont le visage apaisé n'est plus sans rappeler l'ossature du vent.


Rayas Richa, Mai 2007.

 

 

 

 

 

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